Le Japon anticipe la menace nord-coréenne

22/12/2017
Le Japon anticipe la menace nord-coréenne

Shinzō Abe

Le gouvernement japonais a proposé vendredi un budget de défense record d'environ 5.190 milliards de yens (près de 39 milliards d'euros) pour l'exercice fiscal 2018/2019, devant notamment lui permettre de renforcer son bouclier antimissile face à la Corée du Nord.

Le budget total de l'Etat va lui aussi être porté à un nouveau record, à 97.700 milliards de yens (près de 730 milliards d'euros), en raison de la hausse des dépenses prévues en défense, mais aussi en santé et en protection sociale, qui explosent en raison de l'important vieillissement démographique du pays.

Le budget de la défense va lui augmenter pour la sixième année consécutive. Les fonds supplémentaires doivent notamment permettre au Japon de préparer la mise en place du système terrestre d'interception de missiles Aegis Ashore.

Le gouvernement japonais a approuvé en début de semaine l'introduction de cet équipement du fabricant américain Lockheed Martin, alors que deux missiles nord-coréens ont survolé le territoire japonais cette année et que Pyongyang a menacé de "couler" l'archipel nippon, allié de Washington.

Fin novembre, le régime communiste a aussi testé un nouveau missile balistique intercontinental (ICBM) qui s'est abîmé en mer du Japon.

Lors de sa visite officielle au Japon début novembre, le président américain Donald Trump avait exhorté le Japon à se réarmer pour se protéger, en achetant de préférence du matériel militaire américain.

"C'est beaucoup d'emplois pour nous (les Etats-Unis, NDLR) et beaucoup de sécurité pour le Japon", avait-il déclaré.

Le gouvernement japonais envisage aussi de se doter de missiles américains de croisière d'une portée d'environ 900 kilomètres, capables d'atteindre la Corée du Nord.

Cependant, acheter de telles armes offensives risque de faire débat au Japon, car la Constitution pacifiste du pays depuis 1947 lui interdit de recourir à la guerre pour régler les différends internationaux.

Yukio Edano, le chef du Parti démocrate constitutionnel, le principal mouvement d'opposition à la coalition au pouvoir dirigée par le Premier ministre Shinzo Abe, a d'ores et déjà prévenu que l'achat de tels missiles serait "un point de désaccord plutôt important" lors des débats sur la loi de finances au Parlement le mois prochain.

En matière de défense, le Japon dépend étroitement de l'armée américaine, qui dispose de nombreuses bases dans l'archipel.

Cependant, le nationaliste M. Abe espère pouvoir à terme réviser la Constitution pour accroître la marge de manœuvre des Forces japonaises d'autodéfense.

M. Abe a déclaré mardi que l'approche nipponne uniquement axée sur la défense restait un "principe de base", mais qu'il fallait revoir les capacités militaires du pays face à la "sévère réalité" à laquelle il est confronté.

"L'administration Abe se sert des menaces de la Corée du Nord comme levier" pour renforcer la défense du pays, a commenté Akira Kato, chercheur en relations internationales et sécurité régionale à l'université Oberlin de Tokyo, s'attendant à ce que cette tendance se poursuive à l'avenir.

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