Islande : Le Premier ministre sauve l'essentiel

29/10/2017
Islande : Le Premier ministre sauve l'essentiel

Reykjavik, la capitale islandaise

Affaibli par les affaires, le Premier ministre islandais a limité la casse aux législatives anticipées de samedi, mais la dispersion des voix et une poussée relative à gauche menacent son maintien au pouvoir, selon des résultats encore partiels.

Les résultats définitifs de ce scrutin à un tour ne sont pas attendus avant dimanche matin, mais le paysage de la nouvelle assemblée ne préfigurera en rien la couleur du futur gouvernement: la formation d'une majorité de droite ou de gauche pourrait en effet prendre des semaines, voire des mois.

Après dépouillement de près de la moitié des bulletins dimanche vers 03h00 locales (03h00 GMT), le Parti de l'indépendance du chef du gouvernement, le conservateur Bjarni Benediktsson, était crédité de 17 sièges sur 63 à l'Althingi, le Parlement monocaméral de l'île subarctique.

Son parti, qui a siégé dans quasiment tous les gouvernements depuis 1980, perdrait quatre sièges et serait talonné par le Mouvement Gauche-Verts de Katrin Jakobsdottir, qui obtiendrait 11 élus.

A un ou deux mandats près, ces chiffres ne devraient pas évoluer significativement.

En tant que dirigeant du premier parti du pays, M. Benediktsson devrait recevoir mandat du président pour tenter de former une majorité. S'il échouait, Katrin Jakobsdottir prendrait alors la main.

Une hypothèse nullement farfelue car les partenaires traditionnels ou potentiels (Parti du progrès, libéraux de Renaissance) des conservateurs marquent nettement le pas et ne leur apporteraient ensemble que 11 mandats.

Le Centre, créé il y a à peine quelques semaines, recueillerait lui six mandats, mais le CV de son dirigeant, l'ancien Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson, démissionné en 2016 après avoir été cité dans les Panama Papers, hypothèque sa participation à un quelconque cabinet.

A gauche, Mme Jakobsdottir pourrait inviter à la table des discussions Sociaux-démocrates et Pirates (contestataires). Mais ils ne totaliseraient ensemble que 25 mandats, trop peu pour atteindre la majorité de 32 sièges. Le ralliement d'un quatrième parti serait aussi indispensable qu'improbable, selon les analystes.

Avec huit partis appelés à siéger --un record--, les médias islandais privilégient même l'hypothèse d'un gouvernement minoritaire. Le Parti du peuple, une jeune formation populiste qui a mis en sourdine son discours anti-immigration face aux critiques, doit faire son entrée au Parlement avec environ cinq élus.

Il s'agit des quatrièmes législatives depuis la crise financière de 2008 qui avait plongé la nation nordique dans le marasme, mis au jour les liens étroits entre élites politiques et économiques, mais fait aussi émerger un mouvement populaire "anti-establishment".

Bien qu'elle ait été ministre dans le gouvernement de centre-gauche (2009-2013) chargé de gérer l'après-crise, Katrin Jakobsdottir fédère une partie de ce mécontentement.

Femme de gauche à la réputation de probité, quadra au visage avenant, elle jouit d'une grande popularité et passe pour l'antithèse de Bjarni Benediktsson. Près d'un Islandais sur deux souhaite qu'elle soit Première ministre, un capital confiance très supérieur à l'assise politique de sa formation.

M. Benediktsson, mis en cause dans de multiples controverses, cité dans les Panama Papers, accusé dans des enquêtes de presse d'avoir vendu des actifs à la veille de la crise de 2008 dans des circonstances douteuses, a tout misé sur son bilan économique.

Et de fait, les indicateurs sont tous au vert en Islande: après 7,2% en 2016, le pays nordique affiche encore une croissance vigoureuse (3,4% au deuxième trimestre), un taux de chômage quasi résiduel, des investissements et des touristes qui déferlent.

Ministre des Finances et de l'Economie entre 2013 et 2017, M. Benediktsson, héritier d'une famille fortunée de l'île, est devenu Premier ministre en janvier 2017 à la faveur de l'échec de la gauche à signer un programme de majorité à l'issue des législatives anticipées d'octobre 2016.

Mais sa coalition était tombée au bout de neuf mois après le retrait d'un petit parti, le Premier ministre étant accusé d'avoir couvert son père dans un sordide imbroglio judiciaire. Il avait dans la foulée convoqué de nouvelles législatives.

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