Syrie : Moscou n'accepte pas les récriminations des Occidentaux

05/02/2016
Syrie : Moscou n'accepte pas les récriminations des Occidentaux

Vitali Tchourkine

La Russie a rejeté sèchement vendredi à l'ONU les critiques des Occidentaux l'accusant d'avoir saboté les négociations de Genève et a annoncé qu'elle proposerait de nouvelles idées lors d'une prochaine rencontre internationale sur la Syrie à Munich (Allemagne).

Les ambassadeurs des quinze pays membres du Conseil de sécurité ont été informés vendredi par le médiateur de l'ONU Staffan de Mistura de sa décision de suspendre jusqu'au 25 février les négociations indirectes entre gouvernement et opposition qui s'étaient ouvertes à Genève.

Le Conseil a réitéré son soutien total à M. de Mistura et l'a encouragé à reprendre les négociations au plus tard le 25 février à Genève, a déclaré l'ambassadeur vénézuélien Rafael Ramirez Carreno qui préside le Conseil en février.

Les Occidentaux accusent Moscou d'avoir torpillé ces discussions en soutenant par des raids aériens intensifs les forces du régime syrien engagées dans une vaste offensive à Alep (nord).

Lors des consultations à huis clos, Etats-Unis, France et Russie ont eu des échanges animés sur ce point, selon un diplomate.

C'est de mauvais goût, ce n'est pas le moment des récriminations, nos efforts politiques conjoints doivent s'intensifier, avait déclaré avant la réunion l'ambassadeur russe à l'ONU Vitali Tchourkine.

A l'issue des consultations, il a réaffirmé que Moscou n'avait pas l'intention de cesser ses raids aériens, qu'il a jugés totalement légitimes pour soutenir les forces du régime contre des terroristes.

Mais il a aussi indiqué que Moscou allait mettre certaines nouvelles idées sur la table à Munich, lors d'une réunion du Groupe international de soutien à la Syrie prévue en février. Etats-Unis, Russie et Iran notamment sont membres de ce groupe.

Nous préparons certaines idées sur la manière de progresser, particulièrement en ce qui concerne un cessez-le-feu, a-t-il indiqué sans autres précisions.

Il s'est déclaré optimiste sur une reprise des négociations avant le 25 février.

La réunion de Munich va permettre de vérifier la volonté de parvenir à la paix en Syrie de la part des principaux pays impliqués, a indiqué Staffan de Mistura, dans un entretien vendredi avec le quotidien italien La Repubblica.

S'exprimant à l'issue de la réunion, l'ambassadeur français François Delattre a de nouveau accusé le régime syrien de déverser, avec l'aide de la Russie, un déluge de feu jamais vu auparavant sur Alep (nord) dans le cadre d'une campagne militaire qui conduit à torpiller de fait tout espoir de paix.

Il a réclamé une amélioration tangible de la situation humanitaire, qui est la condition d'une négociation crédible et a réitéré le soutien français aux efforts de médiation de M. de Mistura.

Damas et ses alliés doivent respecter leurs obligations humanitaires et les résolutions de l'ONU qui prévoient la levée des sièges des villes syriennes et la fin des bombardements aveugles.

Pour l'ambassadeur français, on ne peut pas attendre de l'opposition qu'elle négocie avec un fusil pointé sur sa tempe. Les négociations ne doivent pas être un rideau de fumée permettant au régime de continuer de massacrer en toute quiétude.

L'ambassadeur britannique Matthew Rycroft a lui aussi fustigé devant la presse la campagne militaire russe. 

Si la Russie faisait ce qu'elle a dit vouloir faire en Syrie, c'est-à-dire combattre le groupe Etat islamique, alors nous pourrions coopérer très efficacement, a-t-il estimé.

Pour que les négociations de Genève puissent reprendre rapidement, a-t-il expliqué, nous devons avoir un ensemble de mesures de confiance aussi solide que possible afin de donner à l'opposition des raisons de s'asseoir à la table des négociations.

L'opposition syrienne avait insisté sur la fin des bombardements, un meilleur accès humanitaire et la libération de prisonniers, comme conditions à sa participation aux discussions de Genève.

Selon des diplomates, au cours des consultations à huis clos, M. de Mistura a répété que l'opposition syrienne à Genève avait posé comme exigences ces trois points.

Mais, a-t-il ajouté, tout le monde a vu que la violence sur le terrain s'aggravait pendant que nous menions les discussions.

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