Soudan : nouveau dirigeant à la tête du conseil militaire

12/04/2019
Soudan : nouveau dirigeant à la tête du conseil militaire

Militaires et manifestants vendredi dans les rues de Khartoum

Le ministre soudanais de la Défense, Aouad Mohamed Ahmed Ibn Aouf, a déclaré vendredi qu’il démissionnait du conseil militaire formé la veille et dont il avait pris la tête après la destitution du président Omar el Béchir, alors que les manifestants réclament la formation d’un gouvernement civil.

S’exprimant lors d’une allocution télévisée, Aouad Mohamed Ahmed Ibn Aouf a annoncé son remplacement par le général Abdel Fattah Abdelrahman Bourhan afin de “garantir la cohésion du système sécuritaire, et en particulier de l’armée”.

Cette annonce a provoqué des manifestations de joie parmi les centaines de milliers de personnes qui s’étaient rassemblées quelques heures plus tôt dans le centre de la capitale Khartoum pour protester contre l’instauration de ce conseil militaire et exiger la formation d’un gouvernement civil.

Les généraux qui ont déposé le président jeudi avaient annoncé dans un premier temps une période transitoire de deux ans suivie d’élections, mais ont proposé vendredi de la ramener à un mois, ce que les manifestants ont refusé, exigeant la restitution immédiate du pouvoir à une administration civile.

Le conseil militaire a par ailleurs fait savoir qu’Omar el Béchir ne serait pas extradé pour répondre d’accusations de génocide devant la Cour pénale internationale (CPI), mais qu’il pourrait être jugé au Soudan.

En signe de défiance au conseil militaire, plusieurs milliers de manifestants observaient vendredi soir un sit-in devant l’enceinte du ministère de la Défense et dans d’autres zones de la capitale, alors qu’un couvre-feu annoncé par Ibn Aouf prenait effet.

Au moins 16 personnes ont été tuées et 20 autres blessées par des balles perdues lors des manifestations et sit-in organisés jeudi et vendredi, a déclaré samedi un porte-parole de la police, précisant que des bâtiments gouvernements et des propriétés privées avaient été attaqués.

“La police regrette que ces incidents se soient produits”, a souligné Hashem Ali dans un communiqué. Il a appelé la population civile à ne pas bloquer les routes et à respecter les lois afin de garantir la sécurité de tous.

La foule avait commencé à se rassembler dès vendredi matin devant le ministère de la Défense, où de grandes tentes ont été dressées pour distribuer de l’eau et de la nourriture aux personnes présentes.

Le conseil militaire a indiqué qu’il tolérerait les rassemblements pacifiques mais qu’il réagirait en cas d’émeutes ou de tentatives de blocage.

En promettant la mise en place d’un gouvernement civil, le chef du comité politique du conseil militaire, le général Omar Zaïne al Abidine, cherchait à apaiser les manifestants qui se sont à nouveau rassemblés vendredi dans les rues de Khartoum pour dénoncer la tutelle des militaires, malgré l’état d’urgence proclamés la veille.

L’officier a assuré que l’armée n’avait pas l’intention de conserver le pouvoir et que la solution à la crise viendrait des manifestants.

“Nous sommes les protecteurs des revendications du peuple”, a-t-il affirmé. “Nous ne sommes pas avides de pouvoir”.

Il a en outre promis vendredi que le conseil allait consulter les partis politiques, mais la rencontre a été reportée à une date non précisée, a annoncé dans la soirée l’agence de presse officielle Suna. Les membres du conseil doivent désigner deux représentants et leurs noms seront dévoilés samedi, ajoute-t-elle.

Le Congrès national, le parti de Béchir, n’a pas été convié à prendre part aux discussions car “il est responsable de ce qui s’est passé, a dit Al Abidine.

Le chef du comité politique du conseil militaire a promis d’aider le futur gouvernement à lutter contre les difficultés économiques qui ont attisé la colère de la rue après une hausse du prix du pain, le 19 décembre.

Le Soudan est en proie à une grave crise économique provoquée notamment par des années de sanctions américaines et la perte d’une bonne partie de ses revenus pétroliers lors de la sécession du Soudan du Sud en 2011.

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