Iran : Khomeiny leader sans pitié

01/06/2019
Iran : Khomeiny leader sans pitié

L’ayatollah Khomeiny immortalisé dans le mausolée portant son nom à Téhéran

Trente ans après sa mort, l’ayatollah Khomeiny, père de la République islamique d’Iran, reste une référence de premier plan dans son pays, où son héritage théologico-politique continue d’irriguer les institutions qu’il a contribué à créer.

Omniprésent dans l’espace public, des administrations aux halls d’hôtels en passant par les stades de foot et les hôpitaux, le portrait de l’homme au regard pénétrant qui fit tomber la monarchie en 1979 figure aussi sur la plupart des billets de banque.

La Constitution iranienne voit en « son éminence le grand ayatollah  » rien moins que « la haute source d’imitation ».

« Son principal legs, est le fort attachement à l’indépendance, la souveraineté et la résistance à l’hégémonie étrangère qui continue d’habiter les Iraniens », explique Mohammad Marandi, directeur du département d’études américaines à l’Université de Téhéran.

Né en 1902, Rouhollah Khomeiny est mort le 3 juin 1989, affaibli par un cancer, plus de dix ans après le triomphe de la Révolution islamique qui chassa le dernier chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, allié clef des Etats-Unis au Moyen-Orient, et alors que le pays sortait, exsangue, de la guerre Iran-Irak (1980-1988), déclenchée par Bagdad.

Sa pensée s’est développée autour de la défense de l’islam et des déshérités, et du rejet de la modernité occidentale et de l’impérialisme.

L’imam Khomeiny a en particulier développé le principe du « Vélayat-é faqih » (« gouvernement du juriste musulman »), consacrant le pouvoir d’un ouléma choisi pour sa piété et son jugement pour diriger à la fois l’État et la communauté des croyants.

Ce principe est la pierre d’angle du système politique iranien qui s’accommode d’institutions élues, une construction censée conférer à la République islamique une légitimité à la fois divine et populaire.

Insistant sur le fait que le Vélayat-é faqih avait été théorisé « dans la jurisprudence chiite depuis plusieurs siècles », M. Marandi juge que la nouveauté de Khomeiny a été sa capacité à « renverser une dictature soutenue par l’Occident » et « à mettre la théorie en pratique ».

Le renversement de l’ancien régime a été obtenu grâce à une alliance de forces hétéroclites mêlant clergé chiite, partisans de l’ayatollah Khomeiny, nationalistes laïques, forces de gauche et marxistes.

Mais l’imam Khomeiny s’est ensuite montré intransigeant lorsqu’il s’est agi de défendre la Révolution islamique face à ces autres forces et aux monarchistes.

« Si nous avions brisé les plumes de la presse corrompue, fermé toutes les publications conspiratrices et pourries, traduit en justice leurs responsables, interdit les partis politiques corrompus, et dressé des potences sur les grandes places […] nous ne connaîtrions pas les difficultés actuelles », déclarait-il le 17 août 1979 dans un discours appelant à ne montrer aucune pitié face aux « ennemis » de la Révolution.

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